Le patriotisme marocain, fondement historique et religieux par Hassania Cherkaoui, professeur à la Faculté de droit de Casablanca

110

L’objet du patriotisme est la Patrie, qui est un mot de ralliement de ceux qui sont principalement préoccupés de continuité et de stabilité. Le terme de Patrie a essentiellement un contenu affectif quand ce n’est pas passionnel. Ceci apparaît dans l’usage de vocables tels que ceux de «patrimoine», d’«héritage», mais aussi d’images comme «la terre». Sa racine le rattache même à la notion familiale et évoque l’idée de filiation et de fidélité. Cette fidélité est due au Roi car il exprime l’unité et la continuité de la nation.

Les liens qui l’unissent à ses sujets sont d’abord des liens spirituels. Le Roi est «Magistrat» au sens religieux du terme. Par la bénédiction de Dieu, le Roi a reçu le pouvoir: la hiérarchie de la Parole de Dieu rappelle le pouvoir du Roi, dont la seule limite est la souveraineté de Dieu.La Patrie a donc principalement un fondement historique et religieux. Toute action qui n’enrichit pas les divers éléments qui forment le patrimoine d’une nation est dangereuse car elle risque de rompre l’équilibre qu’une histoire a permis d’acquérir. Aussi le patriotisme, tout en exaltant les efforts faits pour renouveler et compléter l’héritage commun, est souvent méfiant à l’égard des innovations ou des transformations que certains veulent imposer au pays.Le rappel des événements, les symboles (le drapeau) et les formules qui rassemblent les sensibilités (la «terre des ancêtres»), les célébrations et cérémonies, distinguent le patriotisme des citoyens marocains de celui des citoyens des autres nations.

Mais la Patrie a sa vie propre, distincte de celle de ses membres. On rattache ses exigences aux vertus et aux valeurs qui constituent le fond moral communément admis.L’une des vertus patriotiques est l’honneur. C’est une vertu sociale, qui témoigne de la cohésion de chacun avec ceux auxquels il tient à rester associé. Il conserve son honneur tant que ceux-ci l’admettent comme un des leurs. Mais ce civisme est de caractère noble. Il n’est donc réellement sensible que pour ceux qui, en quelques manières, participent à la grandeur nationale ou reconnaissent avoir reçu leur part de cet héritage. Au contraire, ceux qui ne se découvrent pas comme participants au patrimoine commun, auront tendance à contester la grandeur de la nation et à nier la nécessité d’en conserver les structures et l’actuel équilibre.Cet équilibre est en effet le plus souvent contesté par les plus déshérités, dans le sens large, qui pensent que le changement leur permettra de rattraper le retard que leur famille ou leur classe a subi.

vous pourriez aussi aimer Plus d'articles de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.