La croissance verte: l’Afrique, laboratoire économique du futur !

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Thierry Téné aborde la croissance verte dont il juge qu’elle est une opportunité pour l’Afrique qu’il désigne comme laboratoire économique du futur. L’Afrique a été le siège d’innovations qui ont conquis le monde. Il rappelle la phrase de Lorenzi : « La question n’est pas de savoir si on est trop pessimiste ou trop optimiste », il faut simplement trois critères pour le développement ou l’émergence d’un territoire :

  • l’investissement qui est appelé à s’accroître parce qu’il y a sur le continent des perspectives de croissance importantes ;
  • l’innovation : il y a des populations très pauvres qui répondent à cette problématique de pauvreté en améliorant leur environnement ;
  • le travail, moteur de l’innovation, et l’Afrique a beaucoup à apporter dans ce domaine. On est obligé d’innover par des projets peu coûteux à faible impact environnemental.

Les experts commencent à considérer que la protection de l’environnement ne doit pas forcément donner lieu à des infrastructures lourdes. Il est économiquement moins coûteux, pour se prémunir des catastrophes naturelles, de protéger les forêts qui vont jouer un rôle d’éponge pour l’eau et de stockage des gaz à effet de serre, ou les mangroves qui protègent les côtes et servent de nurserie aux poissons. Dans le cadre de la croissance verte, certains marchés sont en train d’exploser. Une étude de l’ONU estimait ce marché à 1.400 milliards de dollars en 2008. En Afrique, la pression démographique et l’urbanisation intense créent des opportunités de croissance. Face à la crise, elle a réussi à rebondir grâce à l’émergence d’une classe moyenne qui est en capacité d’injecter dans l’économie africaine 1.700 milliards d’Euros d’ici 2020.

Les énergies fossiles en Afrique ne représentent que 10 % de son potentiel énergétique. Les énergies renouvelables représentent une part plus importante. L’Afrique est une des régions au monde les plus ensoleillées mais l’énergie solaire demande des investissements lourds. On estime à 400 milliards d’euros le coût de l’indépendance énergétique de l’Afrique (c’est le montant du projet Desertech qui prévoyait la production d’énergie électrique à partir du désert pour l’exporter vers l’Europe). L’Afrique est le second poumon écologique de la planète en terme d’absorption du carbone. Il y a là une opportunité pour se positionner sur le marché du carbone qui a représenté 120 milliards de dollars l’année dernière et qui va continuer à croître. Face aux crises économique, écologique, énergétique, l’Afrique dispose de son potentiel de biomasse, de bioénergie, d’énergie éolienne, de géothermie, d’hydroélectricité. Elle a donc des atouts et des opportunités à saisir. Il existe des entreprises qui investissent dans les énergies renouvelables. Deux entreprises fabriques d’ores et déjà des panneaux solaires, en Afrique du Sud et depuis quelques mois, au Sénégal. La Banque Mondiale a estimé le potentiel en termes d’efficacité énergétique et d’énergies nouvelles à 3.227 projets. Mais ce potentiel est encore très insuffisamment exploité.

Dans le domaine agricole, l’Afrique dispose de plus de la moitié des terres arables du monde. Il y a un problème de productivité qui peut être traité par l’utilisation d’engrais biologiques et par l’introduction des techniques de goutte-àgoutte conjuguées à l’énergie solaire qui donnent des résultats intéressants en terme de productivité et d’économie d’engrais et d’énergie. Les progrès, dans le domaine agricole, viendront du croisement des nouvelles technologies et des énergies renouvelables pour mettre en place des innovations qui permettront d’avancer dans la productivité, la logistique, les infrastructures et plus généralement dans l’économie. Les Chinois développent l’économie circulaire qui veut que les déchets des uns soient les ressources des autres.

Sur le continent ont été mises en place des zones économiques. Pour qu’elles donnent lieu à une dynamique de croissance, il faut que les implantation d’unités industrielles soient étudiées en amont du point de vue des transports, des sources d’énergie, de l’assainissement, donc de réduction des coûts, ce qui dépend énormément des politiques publiques et du contexte législatif qu’il convient d’améliorer. Sur le continent, la Maroc est le pays le plus avancé dans ces politiques sectorielles. Des entreprises ont saisi les opportunités offertes par la croissance verte et se sont développées la commercialisation de produits bio, des unités de recyclage de batteries, d’huiles usagées, de valorisation des déchets de bateaux, entreprises qui ont souvent pris une dimension transnationale et qui ont du mal à répondre à la demande. Nombre de ces entreprises qui préparent des projets sont demandeurs d’accompagnement pour devenir bancables, ce qui est un bon indicateur pour le développement de ce secteur.

Valoriser le capital humain: un exemple de réussite

Cheikhou Souaré est le Président fondateur de Niokolo Transport, une société anonyme créée en 2009 par des émigrés, pratiquement tous vivant en région parisienne. La société est implantée au Sénégal Oriental, région enclavée considérée par le document stratégique de réduction de la pauvreté du gouvernement sénégalais comme la plus pauvre du pays. Conscients des contraintes de cet enclavement, des émigrés sénégalais ont décidé de créer cette société en partenariat avec des acteurs locaux. Une souscription a été lancée aussi bien auprès des émigrés qu’au niveau local et 250 actionnaires ont pu être réunis. Un capital de 170 millions F CFA a été souscrit. Les banques ont accompagné le projet en accordant un prêt de 196 millions F CFA qui a permis d’acheter les bus : autocars et véhicules aménagés pour desservir les villages isolés qui ne disposaient jusqu’à présent d’aucun moyen de transport et les relier aux capitales régionales.

Le problème des ressources humaines s’est posé. Il fallait trouver des hommes qui adhèrent à la philosophie du projet et qui se l’approprient. Il a été fait appel aux émigrés pour trouver des volontaires pour gérer la société. C’est ainsi qu’ont été trouvés le Directeur et des volontaires, parmi la seconde génération d’émigrés, pour en assurer la gestion au niveau local. L’Etat sénégalais a accompagné le projet. Lors de sa mise en place, on a veillé à ne pas faire ce que font les autres dans le domaine informel. Une société anonyme a été créée avec un commissaire aux comptes et sa propre logistique et qui pratique des horaires réguliers, offre une place assise à chaque passager, interdit les surcharges. C. Souaré s’est vite rendu compte que les chauffeurs n’étaient pas suffisamment bien formés. Il a créé en interne sa propre auto école avec des moniteurs qualifiés.

Trois agences ont été créées (Dakar, Tambacounda et Kédougou). Chaque agence est gérée par un jeune bac + 4 qui planifie départs et arrivées. Les problèmes ont alors commencé et les syndicats des transporteurs ont organisé une grève qui a paralysé le pays. Faute d’interlocuteur dans les ministères, C. Souaré a avisé le procureur qui a donné mandat à la police d’escorter les bus et d’éloigner ceux qui empêchaient de travailler correctement. 56 emplois ont été créés auxquels s’ajoutent une centaine d’emplois indirects. Cette société a été un grand succès ; en 2009, un chiffre d’affaires de 159 millions F CFA a été réalisé ; en 2010, il était de 525 millions avec un bénéfice de 9 millions.

Le marché du transport existe au Sénégal et pourrait se développer si le système informel actuel était réformé. Ce système engendre actuellement une perte économique considérable et sa formalisation permettrait de créer de nombreux emplois.

Source : http://www.afrique-demain.org/

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