Art culture et développement personnel: un regard d’avance!

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Si, dès les années 1960, un visionnaire tel que Léopold SÉDAR SENGHOR a insisté sur les interactions entre culture et développement,ces relations ne sont jamais allées de soi.

La culture est, dans ses composantes essentielles comme les savoir-faire, les arts, le patrimoine culturel, l’éducation et les sciences, le lieu où une société se comprend, se projette et s’analyse. En sous-tendant la manière dont nous structurons notre société, elle détermine le potentiel, les possibilités, le style et le contenu du développement économique social et humain.

Par sa force créative et son potentiel d’innovation, ainsi que par le rôle essentiel qu’elle joue dans les processus de changement et de préparation de l’avenir, la culture mérite pleinement une place au centre des stratégies et des processus de développement, comme élément associé et incontournable aux politiques d’éducation, de santé, de protection de l’environnement, de l’aménagement du territoire ou du développement économique et social.

Les arts et les cultures sont donc clairement des « valeurs ajoutées », en termes éthiques et moraux, mais aussi en termes de bénéfices (efficience et efficacité), ainsi qu’en termes d’impact d’ancrage et d’empreinte universelle.

Il y a donc manifestement besoin – pour faire éclore le « trésor (qui) est caché dedans » (La Fontaine), de développer une véritable stratégie propre au royaume du Maroc associant les aspects sociaux, physiques et économiques, et les forces psychiques convergentes d’alliance et de rassemblement axées sur la création culturelle et la créativité artistique.

La culture – moteur ou frein – exerce une influence énorme et revêt une importance égale à la bonne gestion des affaires publiques, à l’égalité des sexes ou à l’éducation scolaire, à l’évolution positive de tout groupe. En effet, elle porte des valeurs qui la transporte au cœur d’une intelligence émotionnelle, qui montre,et ouvre l’horizon jusque là caché.

Une culture repliée sur elle-même, très hiérarchisée et axée uniquement sur des valeurs traditionnelles, peut devenir trop par trop rigide et rendre d’autant plus difficile l’adaptation à des changements profonds.

Car si les traditions accordent une grande place à la tolérance et à la solidarité collective ainsi qu’à la dignité de chacun et à un harmonieux vivre-ensemble, elles peuvent faciliter le passage à une autre forme de pensée, qui trouvera pleinement sa place dans une mondialisation plus humaine et dans une société de la connaissance respectueuse de la diversité intergénérationnelle culturelle.

L’art peut contribuer à instaurer un processus culturel ouvert, plus résilient et mieux à même de s’adapter aux changements induits par les différentes crises – financière, économique, sociale, climatique, etc que nous traversons.

Il permet d’instaurer un dialogue entre les êtres, dans un langage symbolique qui permet d’appréhender de façon globale et plus juste chaque situation dans sa complexité. Il désamorce les conflits,aide les individus à se découvrir, se connaître, découvrir leurs talents, à prendre confiance en eux, à se motiver et à se responsabiliser, pour pouvoir mieux s’engager au service de leur besoins et de leurs aspirations les plus intimes.

Il est particulièrement important de miser ici sur la jeunesse, première ressource du continent, au cœur des stratégies de développement, en créant une nouvelle génération, capable d’évoluer entre différentes cultures, de faire preuve d’imagination et d’invention de nouveaux codes, désireuse de partager et de tisser des réseaux de coopération, tolérant les divergences d’opinion et prête à travailler dans le souci constant de contribuer à éveiller chez l’autre ce qu’il à de meilleur.

Le Maroc est riche aussi de sa diversité de son patrimoine culturel, comme elle est riche du foisonnement artistique et culturel qui la caractérise.

Le potentiel est énorme et la culture devient génératrice de revenus et créatrice d’emplois, grâce, notamment aux industries culturelles et créatives qui se développeront d’autant mieux qu’elles seront soutenues par la construction de marchés régionaux, de mise en place de politiques culturelles et de réglementations en matière fiscale et de droits d’auteur et d’infrastructures adaptées, tant en matière de formation qu’en matière de soutien à la création, à la répétition et à la diffusion de spectacles, ainsi que de mise en place de coopérations entre le public et le privé.

Malgré leurs faiblesses (caractère éphémère, fragilité financière et manque d’enracinement et insuffisance marquée de structures professionnalisées), ils deviennent souvent de véritables outils de développement, local, national et régional.

Ils contribuent au développement culturel, parce qu’ils créent une dynamique qui permet d’accélérer les échanges artistiques, de mettre en place des espaces de rencontres, de confrontations et de négociations entre artistes et acteurs culturels, de favoriser la formation et la professionnalisation de tout le secteur.

L’objectif pourrait être d’appuyer la professionnalisation des musiciens (pratique instrumentale, composition, arrangements, prestations scéniques), des groupes de musique (structuration juridique, modes de contractualisation, management), des métiers connexes de la musique (production, gestion, promotion, distribution, management, régie technique) et des entreprises culturelles (aide à la formalisation et au développement des activités) par l’implantation de lieux-ressources pour contribuer à la structuration d’une filière « musique » créatrice d’emplois et de revenus d’une part, et d’identité et de diversités culturelles d’autre part.

Ces espaces de rencontre, d’innovation et de promotion en matière artistique et culturelle, en plus d’être des leviers importants de développement personnel humain,sont souvent aussi des forums où l’on discute tant les enjeux de la création, que les problèmes du vivre- ensemble, de la coopération et de la solidarité entre les régions, de la réconciliation et de la paix.

Nous pouvons transposer cet état de fait à d’autres médiums bien sûr, mais la musique est un art rigoureusement céleste qui permet d’introduire et d’appréhender beaucoup d’autres formes d’expressions artistiques.

La dimension culturelle et artistique doit être prise en considération non seulement comme un « instrument », un outil ou en moyen (ce qu’elle est par ailleurs) mais comme la base, le cadre général et la finalité de tout développement humain.

Pour cela, il est important de favoriser des manifestations culturelles et artistiques et faciliter leur mise en œuvre ,(en offrant à l’initiateur le soutien et les aides dont il a besoin ), en servant la culture avec des objectifs différents allant de la prévention, à l’éducation et au soin.

Utiliser l’art dans sa fonction sociale est capital. Cette position favorise l’émergence de nouveaux comportements, et parie aussi sur le soulagement, voire la guérison de certains maux ( cas l’art thérapie par exemple)porteurs d’espoir et de renaissance pour une population souvent laissée en marge non pas par négligence mais par manque d’initiative et de prises en charge adaptées et alternatives à réinventer.

Lorsque l’art sert la culture et le développement humain, il permet d’élargir l’horizon, de donner sens, de contribuer à nourrir la mémoire, de symboliser des notions et des émotions complexes, d’ancrer l’identité et de lier les gens,– ce qui, en période de mutation lorsque les gens sont en quête de nouvelles orientations et de nouvelles valeurs, est essentiel -, de transmettre les connaissances et les compétences et d’apprendre, mais aussi de susciter la réflexion, de critiquer, d’apaiser l’âme ou d’aider à la prise de conscience.

En utilisant le langage des sens et des sentiments, en faisant appel à l’imagination et à la pensée non-conventionnelle, l’art et la culture ne gardent pas seulement le « patrimoine » – identités, langues, coutumes, religions – de ce qui existe et confortent la cohésion sociale, mais permettent aussi de créer de nouveaux liens sociaux et de nouvelles formes de solidarités, condition fondamentale de la prospérité d’un pays.

L’art de la culture et la culture de l’ art possède une influence directe sur le développement personnel et l’exploration de tous les possibles et de tous les systèmes.

L’enseignement artistique et culturel joue un rôle important dans la construction de la personnalité, et se trouve plus à même qu’aucune autre discipline d’utiliser, comme sur un terrain de jeu ou un laboratoire, les expériences exemplaires, ses modes de symbolisation, ses stratégies, ses supports et ses matériaux pour développer les capacités latentes des individus.

Il confère ainsi aux individus une capacité d’adaptation qui leur permet de s’appuyer sur des bases nouvelles originales.

Associer la médiation artistique et l’enseignement de la culture à l’évolution actuelle de l’école, c’est promouvoir une conception dynamique de l’art qui au delà de l’intérêt individuel sert l’intérêt collectif.

Le tandem permet de décloisonner la pensée binaire et facilite la compréhension d’une pleine conscience.Il a pour ambition de favoriser et développer les potentiels créateurs de l’homme et générer en lui des processus novateurs d’évolution individuelle. Il crée de nouveaux modes d’accès à la réalité.

Cultiver ce paradigme représente plus qu’un facteur essentiel de cohésion sociale, c’est un catalyseur de changement, un levier extraordinaire de construction pour l’ensemble de la société.

La diversité culturelle, la revalorisation des pratiques artistiques et culturelles, la création et l’innovation culturelles, toutes les richesses immatérielles qu’on peut considérer comme essentielles à la construction de l’humain – en tant qu’outils de connaissance et de relation – sont au cœur du développement personnel.

Le défi du Maroc est double : son extraordinaire richesse artistique et culturelle pourra être à la fois un des piliers du développement personnel et collectif des populations et du développement du secteur culturel. Mais elle peut aussi donner des impulsions au développement économique, social et politique de toute la région, en devenant un moteur du changement social et politique et en confortant une gouvernance démocratique universelle.

C’est en effet la culture et le capital social qui permettent de promouvoir le développement des capacités des individus et des groupes et leur participation à la vie de la société. C’est la culture, en enrichissant le capital social, qui permet de vraiment valoriser les autres ressources pour le développement.

Et ce sont la création culturelle et la créativité artistique encore qui permettent de passer d’une « administration des ressources » (un organisme accomplit les tâches qu’on lui a confiées, avec les moyens qu’on met à sa disposition) à une gestion dynamique des ressources (l’organisme se fixe un objectif et mobilise les moyens pour y parvenir, grâce à une planification politique et stratégique et à l’importance accordée à la formation, au développement des capacités et à la gestion des ressources humaines).

C’est sans doute à l’échelle locale, des villes ou des quartiers, que la culture apparaît le plus clairement comme ressource.La main qui donne est toujours au dessus de la main qui reçoit….avec une pensée toute particulière à ceux qui oeuvrent jour après jour dans l’ombre invisible de la lumière!

Placer l’individu au centre, c’est aussi l’aider à bâtir, entretenir, et accéder continuellement aux institutions dont il a besoin.

En plaçant le sujet au centre, on casse les inégalités et les asymétries…et on lui donne toutes les chances de s’exprimer et de trouver sa propre forme de langage.

Tout homme, aussi démuni soit-il, a quelque chose à donner. Toute culture, aussi « petite » soit-elle, peut nous enrichir. La culture est ici développement et connexion de capacités latentes.

Et le droit humain n’est plus un droit sur une chose ou sur un service, mais une relation à instaurer, un droit/liberté/responsabilité de participer à une relation digne aux idéaux élevés de vérité et de beauté.

A partir d’une idée, d’une volonté commune et d’une implication des artistes et des acteurs locaux, il est urgent de reconnaître le tiercé art-culture-développement personnel gagnant ; de pouvoir tracer des pistes et définir des actions prioritaires, des chantiers concrets, en y associant pleinement la population.

Se donner les moyens matériels et humains de transformer tous ces trésors cachés en modernités culturelles et en tremplin opérationnel d’outils précieux de transformation et régénération….

Redonner enfin les lettres de noblesses à ces trois disciplines transversales qui ont pour but à long terme d’explorer les possibilités et solutions futures à toute situations et expériences que l’Homme rencontre tout au long de son chemin de vie… Pour éclairer nos consciences, libérer nos peurs, et consacrer notre intention majeure à un égrégore qui finira par sauver le monde….et se rendre compte que l’éternité n’est guère plus longue que la vie !

Livre de Prestige El Jadida

Valérie CROY

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